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Cash
ou comment sont révélées les richesses
cachées des billets de banque...

L’art est partout, derrière chaque geste de notre vie quotidienne. C'est Ie talent de I'artiste que de Ie mettre en évidence, de I'exacerber pour Ie rendre intelligible. C'est ainsi qu'Alexis Terzieff créée un univers tout à la fois ironique et poétique autour d'un des éléments les plus matérialistes qui soit : Ie billet de banque,
Bien au-delà de leur signification économique, les monnaies françaises ou étrangères recèlent des richesses d'imagination inépuisables, se
prêtent à des mises en scène lourdes de sens.
Encre et crayons de couleur sur papier ou huile sur aluminium, les techniques parfaitement maîtrisées ajoutent à la perception tridimensionnelle des œuvres. Terzieff transforme, froisse, adapte, interprète : c'est I'illusion de I'argent qui Ie fascine, non pas sa réalité ;
non pas Ie pouvoir de cette nouvelle divinité, mais Ie détournement de ce pouvoir.

Peut-etre ses billets français constituent-ils un dernier hommage à notre monnaie, appelée a être modifiée d'ici quelques années. Et les billets étrangers ne portent-ils pas témoignage de la mondialisation du
phénomène : Dieu est mort, vive I'Argent ! Ainsi, Ie billet japonais "adieu I'Empereur", représentant I'envol d'un grand oiseau,
symbolise la fin d'un monde ancestral, traditionnel, au profit de nouvelles valeurs.
De même, Ie billet soviétique, si froisse qu'il prend la forme d'une étoile rouge, est Ie symbole clairement lisible d'un mode de société en crise. Paradoxalement, Ie billet espagnol, "Ie paysage dans lequel j'aurais
voulu vivre", évoque un univers calme et serein, hors des combats et du temps ; c'est la part du rêve, bouffée d'oxygène et de fraîcheur dans un monde en profonde mutation.

Dans notre civilisation soumise a la toute puissance financière, où Ie marché de I'art lui-même est dominé par I'argent, Terzieff nous montre, avec un humour presque tragique, la valeur réelle de ces morceaux de papier froissé pour lesquels Ie monde se bat.

Liliane François

Alors que les souvenirs d’été s’effacent, nous abordons l’automne avec un intérêt renouvelé. Les voyages nous amènent souvent à modifier notre perception de la vie quotidienne, à nous intéresser à ce que nous avions négligé jusqu’alors. Pour la plupart d’entre nous, les impressions de vacances s’immiscent imperceptiblement dans nos habitudes.

Pour Alexis Terzieff, la transformation est beaucoup plus profonde qu’on ne peut l’imaginer. Un voyage à San Francisco pendant l’été 1985, un déjeuner, une addition à régler... rien que de très ordinaire pour un touriste. Mais en comptant son argent sur la nappe blanche, A. Terzieff remarque un billet de 500 francs niché au milieu des dollars. Le billet froissé s’échappe et attire son attention. Pour lui, cette coupure usagée devient un papillon, plus vrai que nature. Pour renforcer cette impression, A. Terzieff modifie les zéros en ébauchant des ailes autour des anneaux noirs symétriques. C’est le point de départ de son inspiration : mettre en évidence les significations cachées derrière l’apparence banale des billets de banque. Inventer de nouvelles valeurs en ajoutant quelques zéros de-ci de-là, pour faire de lui un véritable millionnaire, superposer des billets anciens sur de nouveaux... autant de tentations intéressantes. C’est ainsi que débute la conception de ces œuvres, constituant l’exposition “Money”.

Déjà connu pour ses collages, Alexis Terzieff fait preuve, avec cette série de dessins, d’une évolution intelligente, tant sur la forme que sur le fond.

Chaque dessin, extrêmement complexe, exige pour des dimensions de 60 x 100 cm, un mois de travail afin de reproduire l’enchevêtrement des lignes. A l’aide d’une loupe, A. Terzieff recrée habilement les pliures, les bordures, les filigranes, la couleur, les ombres et les lumières. Après avoir fidèlement reproduit les détails les plus infimes, il imprime la marque de son talent personnel, dissipant ainsi toute crainte de contrefaçon pure et simple.

Dans “Le vieux Rêve”, un billet de 100 dollars affiche le portrait d’Eugène Delacroix à la place de Franklin Roosevelt. En l’honneur du Bicentenaire de la révolution française, la Banque du Sang représente Robespierre au lieu de Delacroix.

Supposant que cette exposition peut attirer d’autres amateurs que les riches collectionneurs, A. Terzieff prépare “Le repas de l’artiste”. Entre une fourchette et un couteau, un poisson nous est servi sur fond de billet de 20 francs, la plus petite coupure française. Mais là encore, si la richesse était abandonée aux mains adroites d'Alexis Terzieff, ce ne serait qu'une question de zéros.

Barbara Mutti
Associate Harleen & Allen Fine Art
San Francisco, California

English version

As summer's memories recede, we face autumn with rejuvenated interest. Travels so often prompt us to alter our views on daily life induce us to attend to the previously overlooked. For most of us, the vacation ex-perience weaves its way very subtly into our daily habits.

For artist, ALEXIS TERZIEFF, the transformation extends beyond the average
imagination.

A summer trip to San Francisco in 1985, an afternoon lunch, a bill to pay... ostensibly ordinary tourist activities. But, as TERZIEFF was counting his money on the restaurant's white table cloth, he-noticed a 500 franc bill nestled among the green dollar bills. The crumpled bill fluttered from beneath its hiding place and inadvertantly caught his attention. For him, this well-used legal tender emerged as a butterfly, more plausible than nature itself. In an instant TERZIEFF transformed the zeros by sketching wings around the symmetrical black rings to complete his vision.

From that day forth, paper money inspired him to reveal hidden meanings surreptitiously lurking beneath the apparent facade. The idea of inventing new values, adding a few. zeros here and there to produce a veritable millionaire, superimposing old bills onto new all posed tempting possibilities. And thus began the conception of this fine collection of drawings included in the exhibition "Money".

Previously known for his landscape painting, TERZIEFF evidences, a clever shift in media and content in this group of drawings. Using prisma color, each highly complex drawing, 60 cm. x 100 cm, requires one month of six hours per day minimum to "duplicate" the intricacies of design. Using a loop, Terzieff skillfully recreates the subtle folds and creases, filigreed borders, color, light, and shadows. Having faithfully reproduced minute details, he then interjects his unique brand of wit, thus dispelling any
possible fears of mere counterfeiting...

In works such as, "Le vieu rêve..." a one hundred dollar bill sports the personage of Eugene Delacroix in place of Franklin Roosevelt. In honor of the French Revolution Bicentennial, "Banque du Sang..." depicts the head of Robespierre instead of Delacroix. TERZIEFF'S imagination expands. beyond simple modification in "Banque de St. Denis..." As a skimpily clad woman reclines in the middle of "rue St. Denis," TERZIEFF humorously suggests a use for this invented 500 francs bill.

A final hint that this exhibition can appeal to others than the wealthy, the Artist concocts "Le repas de 1'artiste." Here a fish is served to us between a knife and fork flanked by 20 francs, the weakest trench franc bill. But then again, if wealth were left up to ALEXIS TERZIEFF'S deft hand, it would only be a matter of zeros.


Barbara Mutti, Associate
HARLEEN & ALLEN FINE ART
San. Francisco, California